Qui suis-je?

 

Linguiste et autrice, j’ai découvert que le langage permettait la connaissance de soi et redonner du pouvoir sur sa propre histoire.
De cette exploration sont nées les formations et les objets : une invitation à transformer son vécu en récit et à retrouver du sens grâce à l’écriture et à la philosophie.
Un espace pour se dire autrement, avec justesse et profondeur.

 

Diplômes :

  • Licence Sciences du langage parcours communication, médias (journalisme)
  • Master Sciences du langage parcours analyse des discours (Praxématique)
  • Master Philosophie (en cours à Université Aix-Marseille)
By Ophélie Paris
News
Oct 26, 2026

Écrire « je », c'est s'exposer. Au regard des autres, à leur jugement, parfois à leur incompréhension. C'est aussi s'exposer à soi-même : relire noir sur blanc ce que l'on a vécu peut être vertigineux.

Il existe pourtant un chemin de traverse, aussi ancien que la littérature : se raconter à travers une autre figure. Un double, un nom choisi, une silhouette qui nous ressemble sans être tout à fait nous. C'est ce que j'appelle un avatar. Et loin d'être un masque pour se cacher, il peut devenir l'outil qui permet enfin de se dire.

Qu'est-ce qu'un avatar d'écriture ?

Le mot vient du sanskrit avatāra, qui signifie « descente ». Dans la tradition hindoue, il désigne l'incarnation d'une divinité sur terre, comme Vishnou prenant la forme de Rama ou de Krishna. L'avatar, à l'origine, c'est donc une essence qui se rend visible sous une forme nouvelle.

En écriture, l'avatar est une figure de soi transposée. Il se distingue de proches cousins :

  • Le pseudonyme change seulement le nom sur la couverture. Stendhal s'appelait Henri Beyle, mais son « je » restait le sien.
  • L'hétéronyme va plus loin. Le poète portugais Fernando Pessoa a inventé plusieurs poètes complets, avec leur biographie, leur style et leur vision du monde : Alberto Caeiro, Ricardo Reis, Álvaro de Campos.
  • Le double romanesque donne vie à un autre auteur. Romain Gary, sous le nom d'Émile Ajar, a obtenu un second prix Goncourt en 1975 avec La Vie devant soi. Ajar lui a permis d'écrire autrement, libéré de l'image de Gary.
  • Le personnage est une création à part entière, même quand il s'inspire de l'auteur.

L'avatar se situe entre tout cela. Il n'est ni un simple nom d'emprunt ni un personnage étranger. C'est vous, sous une forme qui vous permet d'aller là où votre nom seul ne peut pas aller.

Ce que l'avatar permet

Prendre de la distance. Il est souvent plus facile d'écrire « Haïtika a eu peur » que « moi, Ophélie, j'ai eu peur ». C'est toute la différence entre mon prénom et mon avatar. L'avatar crée un léger écart entre celui qui écrit et celui qui vit l'histoire. Cet écart suffit parfois à approcher des souvenirs que l'on n'osait pas toucher.

Se protéger. Certaines expériences sont vraies pour nous, mais difficiles à faire entendre telles quelles. L'avatar offre un abri : ce qui est raconté à travers lui n'a pas à se justifier devant le regard des autres.

Gagner en liberté. Un avatar peut oser ce que vous n'osez pas encore : parler plus fort, rêver plus grand, regarder en face ce que vous évitez. En l'écrivant, vous découvrez des possibles qui sont déjà en vous.

Réconcilier les parts de soi. Le philosophe Paul Ricœur distinguait deux faces de l'identité : la mêmeté, ce qui reste stable en nous, et l'ipséité, ce soi qui se maintient à travers les changements, par la parole donnée et les choix. Son livre porte un titre qui dit tout : Soi-même comme un autre. Passer par une autre figure, ce n'est pas se perdre. C'est parfois le moyen de rassembler ce qui, en nous, semblait éparpillé ou contradictoire.

Mon expérience : la naissance d'Haïtika

Dans la vraie vie, je m'appelle Ophélie. Mon avatar, lui, s'appelle Haïtika. Elle n'a pas été réfléchie. Son nom s'est imposé à moi, spontanément, sans calcul. Ce n'est qu'ensuite que j'ai découvert qu'il faisait écho à Hatikva, qui signifie, paraît-il, « l'espoir » en hébreu. Cela peut paraître absurde, mais à cet instant, tout a pris sens dans ma propre histoire. Comme si le nom savait déjà ce qu'il portait.

Je la vois comme une silhouette lumineuse, presque éthérée : l'univers qui prend forme dans la matière. Elle n'est pas un personnage marketing ni un simple nom de plume. Elle est une part de moi, une figure avec sa profondeur propre, à travers laquelle je peux regarder ma vie avec un peu de recul.

Haïtika m'a permis de garder espoir en moi-même. À travers elle, je me suis découverte, j'ai compris mes propres mécanismes. Par la signification même de son nom, elle résume ce que je suis et ce que j'ai vécu : l'espoir quand je doutais de moi. J'en ai même fait une musique!

Avec le temps, Haïtika est devenue la narratrice de certains de mes récits, y compris d'une histoire philosophique pour enfants sur la fiction. Elle me permet de tenir ensemble des parts de moi qui, autrement, auraient du mal à cohabiter. Appelez cela du dualisme... mais qui n'est pas une idée majoritaire chez les philosophes.

Créer votre avatar : quelques repères

Votre avatar n'a pas besoin d'être parfait dès le premier jour. Il se découvre en écrivant. Voici quelques pistes pour le laisser apparaître.

  1. Laissez venir le nom. Ne cherchez pas trop. Fermez les yeux, pensez à la personne que vous êtes au plus profond, et notez le premier nom qui surgit ou un symbole. Vous pourrez toujours le changer.
  2. Donnez-lui une silhouette. À quoi ressemble-t-il ? Est-il humain, animal, lumière, élément ? L'image que vous choisissez dit souvent quelque chose de ce que vous cherchez.
  3. Choisissez ce qu'il garde de vous. Une blessure, une force, une question, une manière de regarder le monde. C'est ce fil qui fera de lui votre avatar et non un simple personnage.
  4. Accordez-lui une liberté. Qu'ose-t-il que vous n'osez pas encore ? C'est souvent par là que l'écriture commence à vous transformer.

Petit exercice. Prenez un souvenir que vous avez du mal à raconter. Écrivez-le une première fois en « je ». Puis réécrivez-le en suivant votre avatar, à la troisième personne, en l'appelant par son nom. Pour moi, c'est passer d'« Ophélie » à « Haïtika ». Prenez ensuite le temps de rester en silence avec les deux versions. Qu'est-ce qui a changé ? Qu'avez-vous pu écrire la seconde fois que vous n'aviez pas écrit la première ?

Un autre pour mieux devenir soi

Un avatar n'est pas une fuite. Il ne remplace pas votre histoire, il vous aide à l'habiter. Le but n'est pas de vous cacher derrière lui pour toujours, mais de marcher à ses côtés le temps qu'il faut, jusqu'à pouvoir dire « c'est moi » sans trembler.

Dans l'autofiction mythique, l'avatar devient le héros de votre propre légende. C'est lui qui répond à l'appel, traverse les épreuves et revient transformé. Et en le suivant, c'est vous qui avancez.

Et vous, si vous aviez un avatar, quel nom porterait-il ?

By Ophélie Paris
News
Oct 26, 2026

Ulysse quitte Ithaque, Perceval part en quête du Graal, Luke Skywalker abandonne sa planète. Des siècles et des cultures les séparent, et pourtant leurs histoires se ressemblent étrangement. Un appel, une peur, un guide, des épreuves, une transformation, un retour.

Et si votre vie, elle aussi, suivait ce chemin ? Pas sous la forme d'une épopée avec des dragons, mais à travers ces moments où vous avez quitté un monde connu, affronté quelque chose de plus grand que vous, et êtes revenu changé. C'est ce que propose le voyage du héros : une carte pour relire sa propre histoire.

Le monomythe, une structure universelle

En 1949, le mythologue américain Joseph Campbell publie Le Héros aux mille et un visages. En comparant des mythes du monde entier, il observe qu'ils racontent, sous des formes infiniment variées, une seule et même aventure. Il l'appelle le monomythe.

Cette aventure se déroule en trois grands temps :

  1. Le départ : le héros quitte son monde familier, souvent malgré lui.
  2. L'initiation : il traverse des épreuves qui le mettent face à lui-même.
  3. Le retour : il revient transformé, porteur de quelque chose de précieux pour les siens.

Quelques décennies plus tard, le scénariste Christopher Vogler a simplifié ce schéma en douze étapes, devenues une référence pour les romanciers et les cinéastes. C'est cette version que j'utilise pour relire une vie, car chaque étape correspond à une expérience que chacun de nous peut reconnaître.

Les douze étapes en un coup d'œil

Le voyage se lit dans le sens des aiguilles d'une montre : on part du monde connu, on franchit le seuil vers l'inconnu, on y traverse l'épreuve suprême, puis on revient. Et le cycle peut recommencer.

Douze étapes, douze questions pour votre vie

Pour chaque étape, voici la question que vous pouvez vous poser. Inutile de tout remplir d'un coup : laissez venir ce qui vient.

  1. Le monde ordinaire. À quoi ressemblait votre vie avant que tout change ? Qu'est-ce qui vous paraissait normal, acquis, immuable ?
  2. L'appel de l'aventure. Quel événement, quelle rencontre, quelle perte ou quel désir est venu bousculer cet équilibre ?
  3. Le refus de l'appel. Qu'est-ce qui vous a retenu ? Quelle peur, quel doute, quelle loyauté vous a fait hésiter ?
  4. La rencontre du mentor. Qui ou quoi vous a aidé à faire le pas : une personne, un livre, une phrase entendue, une intuition ?
  5. Le franchissement du seuil. À quel moment précis avez-vous su qu'il n'y avait plus de retour possible ?
  6. Les épreuves, les alliés, les ennemis. Quelles difficultés avez-vous rencontrées ? Qui vous a soutenu, qui vous a freiné ?
  7. L'approche de la caverne. Qu'est-ce que vous redoutiez le plus d'affronter, au fond de vous ?
  8. L'épreuve suprême. Quel a été le moment le plus dur, celui où vous avez cru tout perdre ?
  9. La récompense. Qu'avez-vous compris, gagné ou découvert en le traversant ?
  10. Le chemin du retour. Comment avez-vous ramené cette découverte dans votre vie quotidienne ?
  11. La résurrection. Quelle dernière épreuve a montré que vous aviez vraiment changé ?
  12. Le retour avec l'élixir. Que pouvez-vous offrir aujourd'hui, aux autres ou à vous-même, grâce à ce chemin ?

Un exemple : le voyage de Claire

Pour rendre tout cela concret, imaginons Claire. Elle n'existe pas, mais son histoire ressemble à beaucoup d'autres.

Le départ. Claire a 42 ans, un poste stable dans une banque, une vie bien réglée : c'est son monde ordinaire. Un jour, son service est restructuré et on lui propose un départ volontaire. C'est l'appel. Elle refuse d'abord d'y penser : quitter la sécurité, à son âge, lui paraît insensé. Puis une ancienne collègue, partie ouvrir une librairie, lui dit une phrase qui la travaille : « Tu as le droit de vouloir autre chose. » Ce sera son mentor. Claire signe. Le seuil est franchi.

L'initiation. Viennent les épreuves : une formation en reconversion, des doutes, une famille inquiète, une amie qui la soutient sans faille. Plus son projet avance, plus une peur ancienne remonte : celle de ne pas être à la hauteur, héritée de son enfance. L'épreuve suprême survient quand son premier projet échoue. Elle croit avoir tout perdu. Mais en traversant cet échec, elle découvre qu'elle tient debout, et que sa valeur ne dépend pas de sa réussite. C'est sa récompense.

Le retour. Claire reconstruit, différemment. Quand une nouvelle difficulté se présente, elle ne s'effondre plus : c'est sa résurrection. Aujourd'hui, elle accompagne d'autres personnes en reconversion. L'élixir qu'elle rapporte, c'est la preuve vécue qu'on peut recommencer.

Racontée comme une suite d'événements, l'histoire de Claire serait celle d'un licenciement et d'une reconversion. Relue comme un voyage du héros, elle devient l'histoire d'une femme qui a conquis sa liberté.

Pourquoi cette relecture transforme

Elle donne du sens. Une épreuve vécue au jour le jour ressemble souvent à un chaos sans but. Replacée dans le voyage, elle devient une étape : elle vient de quelque part et mène quelque part. Le philosophe Paul Ricœur l'a montré : c'est en mettant notre vie en intrigue que nous comprenons qui nous sommes.

Elle offre une distance. Se voir comme le héros d'un récit, c'est se regarder un peu de l'extérieur. Cette distance n'éloigne pas de soi : elle permet d'approcher des moments douloureux sans s'y noyer.

Elle relie à quelque chose de plus grand. Le monomythe est partagé par toute l'humanité. Reconnaître sa propre histoire dans ce schéma, c'est se découvrir moins seul : d'autres, avant nous, ont traversé les mêmes passages.

Elle change de place. On cesse d'être celui à qui les choses arrivent pour devenir celui qui avance. Le héros n'est pas celui qui n'a pas peur. C'est celui qui a peur et qui continue.

À vous de jouer

Un petit exercice pour commencer, sans pression :

  1. Choisissez un tournant de votre vie : un déménagement, une rupture, une naissance, un changement de métier, une maladie traversée.
  2. Sur une feuille, tracez trois colonnes : le départ, l'initiation, le retour.
  3. Notez dans chaque colonne, en quelques mots, ce qui correspond à ce moment de votre histoire. Si le retour n'est pas encore arrivé, laissez la colonne vide : vous êtes peut-être en plein voyage.
  4. Relisez. Prenez le temps de rester un moment avec ce que vous voyez.

Vous remarquerez peut-être que votre histoire a déjà une forme. Qu'elle a un mentor que vous n'aviez jamais remercié, une épreuve dont vous êtes sorti plus fort sans vous en rendre compte.

C'est tout le principe de la méthode que j'ai conçue avec I Am My Own Legend : accompagner l'écriture de votre vie étape par étape, un chapitre pour chacune des douze étapes du voyage, jusqu'à obtenir une autofiction complète. Votre vie n'est pas une suite d'accidents. C'est une légende qui attend d'être écrite.

By Ophélie Paris
News
Oct 25, 2026

Plusieurs personnes ont pris rendez-vous avec moi sans savoir vraiment ce qu'est une autofiction. Il m'a semblé nécessaire de poser clairement ce qui la distingue de l'autobiographie et de l'autofiction mythique, pour que vous puissiez reconnaître votre plume avant de vous lancer.

Certains, par exemple, ont du mal à « imaginer ». Ils souhaitent retranscrire les événements tels qu'ils les ont vécus. Peut-être par peur de « mentir » ? Peut-être aussi, tout simplement, parce qu'ils veulent faire le point et dresser le bilan d'un parcours ou encore, ils sont tout simplement aphantasiques (!). 

Si vous vous reconnaissez ici, l'autobiographie sera votre meilleure alliée. Je vous invite alors à écrire auprès de consœurs et confrères qui ont fait de l'écriture de soi leur terrain et créé des formations pour vous y accompagner :

  • Tatiana Ogier, biographe et autrice du récit autobiographique La vie normale (2025), anime à l'Université Paris Cité un atelier « Biographie familiale : méthodes et exercices d'écriture »
  • Passerelle des mots (Mulhouse) propose sur la saison 2026-2027 « 20 leçons d'écriture autobiographique », animées par une écrivaine publique-biographe et art-thérapeute.
  • Les Ateliers d'écriture Elisabeth Bing, du nom de la pionnière des ateliers d'écriture en France (dès 1969), continuent de former et d'accompagner celles et ceux qui veulent trouver leur propre écriture.
  • L'Association pour l'autobiographie (APA), fondée par Philippe Lejeune et Chantal Chaveyriat-Dumoulin à Ambérieu-en-Bugey, lit et conserve les récits de vie qu'on lui confie, même inédits. Une belle destination pour votre texte une fois écrit.

Si, au contraire, l'idée de transformer, de déplacer, de faire de votre vie un récit vous attire, lisez la suite : c'est là que commencent l'autofiction et l'autofiction mythique.

On les confond souvent, parce que tous trois partent du même matériau : soi. Ce qui les distingue, c'est la promesse faite au lecteur, la place laissée à l'imagination et la forme donnée au récit. Les comprendre, c'est savoir quel genre de livre on a vraiment envie d'écrire.

Longtemps je confondais moi-même l'autofiction et l'autofiction mythique. Ce n'est qu'en lisant scrupuleusement Doubrovsky que j'ai compris des détails subtils mais essentiels pour comprendre tous ces rouages littéraires.

 

L'autobiographie : la promesse de dire vrai

L'autobiographie repose sur un contrat avec le lecteur. Le théoricien Philippe Lejeune l'a nommé en 1975 le pacte autobiographique : l'auteur s'engage à raconter sa propre vie, de façon rétrospective, en mettant l'accent sur l'histoire de sa personnalité.

Sa marque la plus visible est une identité à trois termes. L'auteur dont le nom figure sur la couverture, le narrateur qui dit « je » et le personnage principal sont une seule et même personne. Le lecteur lit donc le récit comme vrai, ou du moins comme sincère.

Cela ne veut pas dire que l'autobiographie est exacte au détail près. La mémoire trie, oublie, recompose. Mais l'intention est claire : témoigner de ce qui a été. Rousseau ouvre ses Confessions en promettant de se montrer tel qu'il est ; c'est ce geste qui fonde le genre.

En une phrase : l'autobiographie dit « voici ce qui m'est arrivé, et je vous le raconte sincèrement ».

 

L'autofiction : le vrai, passé par la fiction

Je pense ne plus rien vous apprendre en répétant que le mot est né en 1977, sous la plume de Serge Doubrovsky, sur la quatrième de couverture de son roman Fils. Il semble que la pédagogie reste importante donc je continuerai à y créer ces repères chronologiques. Il y présente son livre comme une « fiction d'événements et de faits strictement réels ». Tout est là : le matériau est vrai, mais la manière de le raconter relève du roman.

Doubrovsky répondait d'ailleurs à Lejeune. Dans son tableau des genres, celui-ci avait laissé une case vide : un roman dont le héros porterait le nom de l'auteur. Doubrovsky a rempli cette case.

Concrètement, l'autofiction s'autorise ce que l'autobiographie s'interdit :

  • condenser plusieurs personnes en un seul personnage ;
  • déplacer une scène, inventer un dialogue, changer un décor ;
  • travailler la langue, le rythme, la construction comme dans un roman ;
  • laisser une part d'ambiguïté : le lecteur ne sait jamais tout à fait ce qui est vrai.

L'enjeu n'est pas de mentir, mais de chercher une vérité plus juste que la simple exactitude des faits. La fiction devient un outil pour dire ce que le souvenir brut ne parvient pas à exprimer.

En une phrase : l'autofiction dit « c'est bien moi, c'est bien ma vie, mais je la raconte avec les moyens du roman ».

 

L'autofiction mythique : se raconter à travers le mythe

L'autofiction mythique fait un pas de plus. Elle ne se contente pas de romancer sa vie : elle la fait passer dans le moule d'un récit fondateur. C'est la voie que je développe avec I Am My Own Legend.

Son point de départ est une intuition ancienne. Les mythes racontent, sous des formes infiniment variées, les mêmes grandes épreuves humaines : quitter un monde connu, affronter une peur, perdre, se relever, revenir transformé. Joseph Campbell a décrit cette structure commune sous le nom de monomythe, le voyage du héros.

Écrire une autofiction mythique, c'est relire sa propre vie à travers ces étapes. Un départ subi devient un appel de l'aventure. Une personne qui nous a aidés prend la figure du mentor. Une crise devient l'épreuve suprême. Les faits restent les nôtres ; c'est leur sens qui change d'échelle.

Trois éléments la distinguent :

  • Une structure mythique qui organise le récit, au lieu de la seule chronologie ;
  • Une figure de soi transposée, souvent un avatar, qui permet de prendre de la distance avec sa propre histoire tout en restant fidèle à elle grâce aux ressentis ;
  • Une visée de transformation : il ne s'agit pas seulement de se souvenir, mais de se réapproprier son histoire et de devenir le héros de sa propre légende.

On retrouve ici une idée chère au philosophe Paul Ricœur : nous comprenons qui nous sommes en mettant notre vie en intrigue. Notre identité n'est pas un bloc figé, c'est une histoire que l'on se raconte et que l'on peut raconter autrement. Le mythe offre à cette mise en intrigue, une forme partagée par toute l'humanité.

En une phrase : l'autofiction mythique dit « voici ma vie, relue comme une légende, pour comprendre ce qu'elle fait de moi et rendre compte de ma place et de mes repères profonds ».

Les trois formes en un coup d'œil

 

Autobiographie

Autofiction

Autofiction mythique

Promesse au lecteur

Dire vrai

Vrai, mais romancé

Vrai, relu comme une légende en façonnant de nouvelles perceptions

Place de l'invention

Minimale

Assumée, au service du vrai

Assumée, guidée par le mythe

Qui raconte

L'auteur, sous son nom

L'auteur, ou un double très proche

Une figure de soi, souvent un avatar

Ce qui organise le récit

La chronologie

La construction romanesque

Les étapes du voyage du héros

Visée principale

Témoigner, se souvenir

Approcher une vérité intime

Donner sens et se transformer

Repère

Rousseau, Les Confessions

Doubrovsky, Fils (1977)

Campbell (monomythe), Ricœur (identité narrative), Vogler (The Writer's Journey)

 

Laquelle choisir ?

Aucune n'est supérieure aux autres. Tout dépend de ce que vous cherchez en écrivant.

  • Vous voulez transmettre, laisser une trace fidèle à vos proches ou à vous-même : l'autobiographie est votre forme.
  • Vous voulez dire votre vérité avec liberté, sans vous enfermer dans l'exactitude des faits : l'autofiction vous ouvre cet espace.
  • Vous traversez un passage de vie et voulez comprendre ce qu'il fait de vous, prendre du recul, vous réapproprier votre histoire : l'autofiction mythique peut devenir un véritable chemin.

Ces formes ne s'excluent pas. Beaucoup commencent par rassembler les faits de leur vie, comme on le ferait pour une autobiographie, avant de les transformer. Le réel reste toujours la matière première ; c'est le regard posé sur lui qui change.

Et si votre vie, elle aussi, avait la forme d'une légende ?

By Ophélie Paris
News
Oct 26, 2026

Qui êtes-vous ? Essayez de répondre. Très vite, vous ne donnerez pas une liste de caractéristiques, mais une histoire : d'où vous venez, ce que vous avez traversé, ce qui vous a changé, ce que vous cherchez.

Ce réflexe n'a rien d'anodin. Pour le philosophe Paul Ricœur, c'est même la clé de notre identité : nous ne savons qui nous sommes qu'en nous racontant. C'est ce qu'il appelle l'identité narrative. Cette idée est au cœur de toute écriture de soi, et elle est plus simple qu'il n'y paraît.

Qui était Paul Ricœur ?

Paul Ricœur (1913-2005) est l'un des grands philosophes français du XXe siècle. Il s'est passionné pour une question : comment l'être humain se comprend-il lui-même ? Sa réponse : pas directement, en regardant en soi, mais par un détour, à travers les signes, les symboles, les textes et surtout les récits.

Deux de ses œuvres sont essentielles pour qui veut écrire sa vie :

  • Temps et récit (trois volumes, 1983-1985), où il montre que le récit est notre manière humaine d'habiter le temps ;
  • Soi-même comme un autre (1990), où il développe la notion d'identité narrative.

Deux façons d'être soi

Vous n'êtes plus la même personne qu'à dix ans. Et pourtant, c'est bien vous. Comment est-ce possible ? Ricœur répond en distinguant deux sens du mot « même ».

La mêmeté (idem) désigne ce qui reste identique en nous à travers le temps : notre empreinte, notre voix, notre caractère, nos habitudes. C'est ce qui permet aux autres de nous reconnaître. C'est le « même » de « toujours le même ».

L'ipséité (ipse) désigne autre chose : la capacité de rester soi en changeant. Son modèle, pour Ricœur, est la promesse. Quand je promets, je m'engage à tenir parole demain, même si d'ici là mes goûts, mes humeurs ou mes circonstances ont changé. Ce n'est plus mon caractère qui me rend fidèle à moi-même, c'est mon engagement.

Autrement dit, nous sommes à la fois ce qui demeure et ce qui se maintient. Toute la question est de savoir comment ces deux faces tiennent ensemble.

L'identité narrative : le récit qui relie

C'est ici que le récit entre en jeu. Pour Ricœur, l'identité narrative est ce qui fait le lien entre la mêmeté et l'ipséité. Elle se construit par la mise en intrigue.

Mettre en intrigue, c'est ce que fait tout conteur : prendre des événements dispersés, des hasards, des rencontres, des ruptures, et les organiser en une histoire qui a un sens. Ricœur parle de « synthèse de l'hétérogène ». Le récit rassemble ce qui, vécu au jour le jour, semblait sans rapport.

Il parle aussi de « concordance discordante ». Une bonne histoire n'efface pas les accidents, les drames, les surprises : elle les intègre. Ce qui semblait briser le fil devient, après coup, un moment décisif du récit.

Appliqué à nous-mêmes, cela signifie que notre identité n'est ni un bloc figé ni une suite de moments sans lien. C'est une histoire en cours, que nous ne cessons de raconter, de réviser, de réécrire. Et parce qu'on peut raconter autrement, on peut aussi se comprendre autrement.

Vivre, raconter, se relire : la triple mimèsis

Dans Temps et récit, Ricœur décrit le chemin qui va de la vie au récit, puis du récit à la vie. Il l'appelle la triple mimèsis, d'après le mot grec qui signifie « imitation » ou « représentation ».

  1. Mimèsis I, la préfiguration. Avant tout récit, notre vie est déjà pleine de sens implicite : des actions, des intentions, des valeurs, des symboles hérités de notre culture. Elle est, en quelque sorte, une histoire qui attend d'être racontée.
  2. Mimèsis II, la configuration. C'est le moment de la mise en intrigue : on choisit, on ordonne, on donne une forme. C'est le geste même de l'écriture.
  3. Mimèsis III, la refiguration. Le récit revient vers la vie. En le lisant, ou en relisant ce que l'on a écrit, on comprend autrement ce que l'on a vécu, et l'on peut agir autrement.

Ce mouvement ne s'arrête jamais. Une vie relue devient le point de départ d'un nouveau récit. Écrire sa vie, ce n'est donc pas seulement la conserver : c'est la transformer.

Ce que cela change quand on écrit sa vie

Vous n'êtes pas prisonnier d'une seule version. Si votre identité est une histoire, elle peut être racontée autrement. Le même événement, relu dix ans plus tard, ne dit plus la même chose. Ce n'est pas mentir : c'est comprendre davantage.

Vous devenez narrateur de votre vie. Ricœur reste prudent : nous ne sommes pas les auteurs de notre vie, car nous n'en choisissons ni le début, ni la fin, ni la plupart des événements. Mais nous pouvons en devenir le narrateur, celui qui leur donne une forme et un sens. Dans un article de 1986, il décrit d'ailleurs la vie comme un récit en quête de narrateur.

Les autres font partie de votre histoire. Notre récit est toujours mêlé à celui des autres : parents, amis, rencontres. Se raconter, c'est aussi reconnaître ce que l'on doit aux autres et la place qu'on tient dans leurs histoires.

La fiction a sa place. Puisque nous nous comprenons à travers les récits, ceux que nous lisons comme ceux que nous inventons, la fiction n'est pas l'ennemie de la vérité de soi. Elle est un laboratoire où l'on essaie d'autres façons d'être. C'est exactement ce qui fonde l'autofiction, et plus encore l'autofiction mythique : se regarder, comme le dit le titre de Ricœur, soi-même comme un autre.

À vous : ce qui demeure, ce qui se maintient

Un petit exercice pour sentir ces notions de l'intérieur :

  1. Sur une feuille, tracez deux colonnes.
  2. Dans la première, intitulée Ce qui demeure, notez ce qui n'a pas changé en vous depuis l'enfance : un trait de caractère, un goût, une manière de réagir.
  3. Dans la seconde, intitulée Ce qui se maintient, notez une promesse, un engagement ou une valeur que vous avez choisi de tenir, même quand tout changeait autour de vous.
  4. Puis écrivez quelques lignes qui relient les deux colonnes, comme le début d'une histoire.
  5. Relisez, et prenez le temps de rester un moment en silence avec ce texte.

Ce que vous venez d'écrire, c'est un fragment de votre identité narrative. Votre vie n'est pas une liste de faits. C'est un récit que vous avez le pouvoir de reprendre, de relire et de transformer. C'est sur cette conviction que repose toute la démarche d'I Am My Own Legend.

Un coffret / mois : Une légende écrite au 12ème mois

 

Chaque coffret contient : 

--> L'étape du mois à écrire (Du voyage du héros)

--> Un artefact 3D ou gravé autour de l'écriture

--> Une bougie ou un thé

 

Premier Coffret :

 

--> Un Codex d'écriture (avec son manuel d'utilisation)

--> Le monde ordinaire (1 ère étape du voyage)

--> Une bougie

--> Cadeau supplémentaire (réservé au 50 premiers clients)

 

 

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Décembre 2026

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Retrouvons-nous au stand pour échanger ! Ce sera l'occasion idéale de vous abonner aux coffrets, de vous procurer le manuel complet du « Voyage du héros » ou de choisir votre codex pour enfin écrire votre Légende.

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FAQ

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IMOL mélange psychologie, philosophie et imagination : chaque coffret, chaque atelier t’invite à transformer ton vécu en récit, ton récit en pouvoir, et ton pouvoir en identité choisie.
L’écriture devient un miroir, une arme douce, et une renaissance intérieure.

Pourquoi parle-t-on d’“autofiction” et non d’autobiographie ?

Parce que l’autofiction, c’est la liberté de réinventer ton histoire.
Tu peux mêler réalité et imaginaire, transformer tes blessures en symboles, tes doutes en mondes possibles.
C’est un espace où tout ce que tu inventes parle quand même de toi — mais sans t’enfermer dans le passé et/ou subir les jugements vains d'autrui sur comment tu te perçois. Cependant pour écrire une belle autofiction, il faut savoir partir d'éléments autobiographiques! 

 

Combien de temps faut-il pour écrire son autofiction ?

Cela dépend de chacun. Le plus gros travail n'est pas tant l'écriture car vous aurez tous les outils via nos ateliers et formations, mais de revivre certaines expériences pour les transvaser dans la dimension fictive. Cela peut aller entre 6 mois à 2-3 ans suivant votre investissement personnel.

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Écrire sans jugement, en faisant du réel et de l’imaginaire une matière unique ;

Retrouver confiance, sens et pouvoir personnel ;

Faire de son histoire une œuvre à part entière, et non un poids.

Aucun niveau d’écriture n’est requis : l’autofiction, c’est avant tout oser commencer et aimer lire.

Faut-il aimer écrire pour profiter de l'univers ?

Pas du tout.
Tu peux venir avec zéro expérience d’écriture : chaque livret te guide pas à pas, à la manière d’une exploration intérieure.
Certains écrivent beaucoup, d’autres dessinent, d’autres répondent simplement aux questions.
Ce n’est pas la quantité de mots qui compte, mais le mouvement intérieur que tu ressens.

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